Biographie

Le premier single se dévale comme une route de campagne dans un film en Super 8 aux couleurs saturées, avec une fille aussi sentimentale qu’insolente au volant d’une décapotable. Et, avec sa mélodie douce-amère et sa manière enjouée de lutter contre une peine de cœur, À cause de l’automne donne son titre à l’album.

Alizée a voulu faire son retour sur la belle énergie romanesque de cette chanson, qui annonce tout un cinquième album pop, vaste, profond. Le brief qu’elle a transmis à son équipe au moment de le mettre en chantier ? « J’avais l’envie précise d’un album de variétés françaises un peu référencé sixties, à la France Gall, mais qui ne sonne pas comme à l’époque. »

Autrement dit, les mélodies seront fortes, les refrains catchy, mais pas question de planer au pays des Bisounours : elle veut des chansons qui lui ressemblent et qui ressemblent à l’époque.

Concrètement, ça se traduit par un appel d’offres aux meilleurs compositeurs et auteurs pop du moment. Alizée connait pour la première fois de sa carrière le vertige du trop-plein de chansons : elle écoute une centaine de maquettes, mais demande qu’on ne lui en dise pas la provenance pour ne pas être influencée par le prestige des signatures. L’album se construit peu à peu, avec l’obsession de la cohérence dans les couleurs et dans le climat des chansons.

Elle a appelé elle-même Adrien Gallo des BB Brunes, avec qui elle est montée sur scène pour une chanson aux Muzik’elles de Meaux, elle éprouve un vrai coup de foudre artistique avec Thomas Boulard de Luke, elle s’offre même le luxe de conserver deux chansons de Jean-Jacques Goldman « pour plus tard, parce qu’elles n’avaient pas tout à fait la couleur que je voulais pour cette album », elle s’enflamme pour des maquettes venues de Norvège ou du Portugal...

Les auteurs doivent se soumettre à une seule contrainte : « Que les gens de mon âge se retrouvent dans les chansons. » Autrement dit, il faut écrire pour elle, jeune femme qui approche de la trentaine mais qui a déjà beaucoup vécu. Les chansons doivent aller à cette jeune femme indéfectiblement romantique, mais qui sait se battre et s’imposer. Ne porte-t-elle pas au bras droit le tatouage d’une Blanche-Neige armée d’un fusil M16, symbole d’« une princesse qu’il ne faut pas embêter. Je peux être méchante... »

Et c’est peut-être ce qui va le plus surprendre, si l’on est resté scotché à l’image de la chanteuse adolescente : Alizée est vraiment une enfant de son siècle, qui affronte crânement les cahots de l’amour et les intermittences du cœur, et qui a définitivement tourné la page de la candeur soyeuse. Bartone lui donne La Guerre en dentelles qui dissèque la violence des rapports entre certaines « copines », Adrien Gallo signe Boxing Club qui la présente en combattante, Thomas Boulard écrit pour elle Mon chevalier qui dresse le portrait mi-tendresse mi-vitriol d’un pauvre amoureux sans épaisseur. Et elle a ajouté à l’album, au dernier moment, Si tu es un homme de Olivier Volovitch, avec beaucoup d’exigences lancées au prétendant pour une seule promesse – « Je te donnerai toute ma vie ».

Alizée ne s’en cache pas : « J’avais envie de plus rentrer dans le vif du sujet, de toucher les gens tout en gardant ma voix. » Oui, elle a toujours son beau timbre sucré auquel on donnerait le Bon Dieu sans confession, sa propension à la rêverie nostalgique, quelques atours joliment sentimentaux. Mais elle chante en femme libre, franche, volontaire, réaliste. Férocement adulte.

Elle a confié la réalisation à Alexandre Azaria, orfèvre d’un son moderne et accessible à la fois. Passé par le Cri de la Mouche et Indochine (époque Wax) avant d’enregistrer sous le nom de Replicant, il a signé beaucoup de musiques de films, réalisé des chansons de Zazie ou Christophe Willem et veillé sur l’envol d’Inna Modja. Il a construit le son riche et direct d’À cause de l’automne, écrit les arrangements de cordes et de cuivres, accompagné Alizée dans ses enthousiasmes pour de nouvelles chansons arrivées au dernier moment... Puisqu’il fallait s’en tenir à onze chansons, il a fallu couper, émonder, renoncer, choisir. Et il en résulte un autoportrait d’une force et d’une fidélité uniques. Onze chansons interprétées vraiment à la première personne. Onze chansons vraies.